Pression du commissaire de la FDA en faveur des médicaments en vente libre : risques pour la sécurité et tendances mondiales

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Marty Makary, l’actuel commissaire de la Food and Drug Administration (FDA), a proposé un changement radical : rendre presque tous les médicaments disponibles en vente libre (OTC), à moins qu’ils ne soient manifestement dangereux, addictifs ou sujets à un mauvais usage. Bien qu’il soit présenté comme une déréglementation, ce plan soulève de sérieuses préoccupations en matière de sécurité et met en évidence les tendances mondiales existantes en matière d’accès aux médicaments.

Extension de l’accès OTC : qu’est-ce qui pourrait mal se passer ?

La vision de Makary – « tout devrait être en vente libre » – est radicale, même selon les normes pharmaceutiques. Il cite comme exemples des médicaments comme les médicaments contre la nausée et les œstrogènes vaginaux, mais cette approche pourrait s’étendre à des substances beaucoup plus puissantes. Le problème principal n’est pas seulement la disponibilité ; c’est que la suppression des exigences de prescription élimine une surveillance essentielle, ce qui pourrait conduire à une mauvaise utilisation, à des dosages incorrects et à des soins médicaux retardés.

Exemples mondiaux : leçons tirées de l’étranger

Les États-Unis sont à la traîne par rapport à de nombreux pays en matière d’accès en vente libre à certains médicaments. Par exemple, les contraceptifs oraux contenant des œstrogènes et des progestatifs sont disponibles gratuitement dans plus de 100 pays, mais restent restreints aux États-Unis malgré des décennies de plaidoyer de la part de l’American College of Obstetricians and Gynecologists. Ils affirment qu’un accès plus large réduit les grossesses non désirées, mais la FDA a résisté, invoquant des problèmes de sécurité. Pendant ce temps, des médicaments comme le méthocarbamol (Robaxin), un relaxant musculaire considéré comme sûr ailleurs, sont délivrés uniquement sur ordonnance aux États-Unis. Cette disparité n’est pas arbitraire : différents pays évaluent différemment le risque et l’accès.

Le débat sur la mifépristone : une étude de cas en politique et en sécurité

Le cas de la mifépristone, utilisée dans les avortements médicamenteux, illustre les forces politiques en jeu. Malgré de nombreuses données de sécurité soutenant son utilisation, les groupes anti-avortement ont réussi à restreindre l’accès via la stratégie d’évaluation et d’atténuation des risques (REMS) de la FDA. Le taux de mortalité de cette drogue (5 par million d’utilisateurs) est inférieur à celui de la pénicilline (20) ou du Viagra (49), mais elle fait l’objet d’un examen bien plus minutieux. La promesse de Makary de revoir sa sécurité, aux côtés de Robert F. Kennedy Jr., suggère une politisation plus poussée qu’une évaluation objective.

Dangers négligés : médicaments en vente libre courants présentant des risques sérieux

L’accent mis par Makary sur les médicaments controversés ignore les dangers déjà présents dans les médicaments en vente libre facilement disponibles. Un surdosage d’acétaminophène (Tylenol) peut provoquer une toxicité hépatique mortelle. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène peuvent entraîner de graves hémorragies gastro-intestinales et des lésions rénales. Ces risques ne sont pas théoriques ; ce sont des conséquences documentées d’une utilisation généralisée des produits OTC. Même le président Trump a mis en garde contre le Tylenol pendant la grossesse, même si les données scientifiques sur lesquelles reposent ses affirmations ne sont pas concluantes, le véritable danger réside dans la fièvre non traitée, qui est bien plus dangereuse.

La crise des antibiotiques : une menace mondiale amplifiée par l’accès en vente libre

L’implication la plus alarmante du plan de Makary est peut-être la possibilité de ventes illimitées d’antibiotiques. La fabrication d’antibiotiques en vente libre accélérerait la résistance aux antimicrobiens (RAM), une crise sanitaire mondiale croissante. Sir Alexander Fleming a mis en garde en 1945 contre les dangers de l’automédication conduisant à des souches résistantes aux antibiotiques. Aujourd’hui, les agents pathogènes de la RAM sont à l’origine de plus de 2,8 millions d’infections et de 35 000 décès par an rien qu’aux États-Unis.

Dans des pays comme l’Inde et l’Asie du Sud-Est, où l’utilisation d’antibiotiques en vente libre est endémique, les bactéries résistantes aux médicaments sont beaucoup plus répandues. Une étude a révélé que 83 % des patients indiens subissant une intervention médicale étaient porteurs de souches résistantes, contre 20,1 % aux États-Unis et seulement 10,8 % aux Pays-Bas.

Le rôle des infrastructures de santé publique

Faire face à la crise des antibiotiques nécessite de renforcer les systèmes de santé publique, et non de les démanteler. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) plaide en faveur d’une couverture sanitaire universelle et d’infrastructures de santé publique fiables pour réduire l’automédication. Cependant, le retrait des États-Unis de l’OMS et les coupes budgétaires en cours sapent ces efforts. À mesure que de plus en plus d’Américains ne seront plus assurés, le recours à l’automédication – y compris les restes d’ordonnances ou les sources informelles – va probablement augmenter.

En conclusion, la pression de Makary en faveur d’une déréglementation OTC ne consiste pas simplement à élargir l’accès ; il s’agit de modifier fondamentalement le paysage de la réglementation des médicaments. Même si une commodité accrue peut sembler attrayante, les risques potentiels pour la sécurité et le contexte plus large de la résistance mondiale aux antibiotiques dressent un tableau bien plus préoccupant. Les États-Unis risquent de répéter les erreurs commises ailleurs s’ils donnent la priorité à la déréglementation plutôt qu’à la santé publique.