Fermer les yeux ne vous aide pas à mieux entendre, selon la science

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De nouvelles recherches renversent la croyance de longue date selon laquelle fermer les yeux améliore l’audition dans les environnements bruyants. Au lieu de cela, des études révèlent que garder les yeux ouverts, même sans se concentrer sur quoi que ce soit de spécifique, permet à votre cerveau de détecter plus facilement les sons faibles en présence de bruit de fond. Les résultats, publiés dans le Journal of the Acoustical Society of America, remettent en question les hypothèses intuitives sur la façon dont nos sens interagissent.

Pourquoi c’est important

Pendant des décennies, les gens ont instinctivement fermé les yeux pour se concentrer sur les sons faibles, croyant que cela aiguisait leur audition. Cette notion découle de l’idée selon laquelle la réduction des apports sensoriels améliorerait la concentration sur les signaux auditifs. Cependant, les dernières recherches démontrent que l’information visuelle, même une stimulation visuelle minime, améliore activement la capacité du cerveau à filtrer et à traiter le son. Cela a des implications pour un large éventail de scénarios du monde réel, de la sensibilisation au trafic à la détection de signaux faibles dans des espaces bondés.

La science derrière tout cela

Des chercheurs de l’Université Jiao Tong de Shanghai ont mené deux études pour étudier ce phénomène. La première a testé la capacité de 25 jeunes adultes à identifier des sons faibles (gazouillis d’oiseaux, frappe au clavier, mouvements de train) dans un bruit de 70 décibels dans diverses conditions visuelles : yeux fermés, ouverts sans rien sur quoi se concentrer, images statiques et vidéos dynamiques.

Les résultats étaient clairs : les participants avaient besoin que les bruits soient 1,32 décibels plus forts pour les entendre avec les yeux fermés plutôt qu’ouverts. Des signaux visuels dynamiques (des vidéos correspondant à la source sonore) ont abaissé le seuil de détection jusqu’à 3 décibels, démontrant la dépendance du cerveau à l’égard des entrées sensorielles combinées.

La deuxième étude a utilisé des analyses de l’activité cérébrale de 27 participants. Les analyses ont montré que fermer les yeux poussait le cerveau dans un état de « surfiltrage », supprimant les sons faibles ainsi que le bruit. Ouvrir les yeux, en particulier avec des visuels pertinents, a fait passer le cerveau dans un état plus excitable et plus centré sur l’extérieur.

L’état critique du cerveau

La recherche met en évidence l’importance d’un « état neuronal critique » – un équilibre entre stabilité et réactivité – dans le traitement du son. Lorsque les gens ferment les yeux, le cerveau passe à un filtrage agressif, bloquant les signaux faibles. Ouvrir les yeux fournit des signaux supplémentaires qui maintiennent le cerveau dans un état plus réceptif.

Des études antérieures s’étaient concentrées sur des scénarios calmes dans lesquels fermer les yeux pouvait réduire les distractions. Mais ces résultats démontrent que dans les environnements bruyants, limiter l’apport visuel entrave en réalité la perception auditive.

Implications dans le monde réel

Le chercheur principal, Yu Huang, PhD, suggère que ces résultats pourraient avoir des applications pratiques dans des domaines tels que l’aérospatiale (conception du cockpit) et le développement d’appareils auditifs. En comprenant comment le cerveau traite les entrées sensorielles combinées, les ingénieurs peuvent créer des environnements et des technologies qui optimisent les performances auditives.

Ce que vous devez savoir

Le principe à retenir est simple : si vous essayez d’entendre quelque chose dans un endroit bruyant, gardez les yeux ouverts. Même si fermer les yeux peut améliorer la concentration dans des environnements calmes, cela rend activement plus difficile la détection des sons faibles dans des environnements chaotiques. Le cerveau s’appuie sur des signaux visuels pour affiner la perception auditive, et la suppression de ces signaux détériore en fait votre capacité à entendre efficacement.

Cette étude renforce l’idée que nos sens ne sont pas isolés mais interconnectés, travaillant ensemble pour façonner notre perception du monde.